MONOPOLE RAVAGEUR

Beaucoup de choses me révoltent. Évidemment, en tant que personne non-conformiste capable de prendre du recul et de remettre ses valeurs et celle du monde dans lequel il vit en questions, l'une de ces choses qui me révolte est la société de consommation dans laquelle nous croupissons présentement. Dans le texte suivant, j'essaierai d'expliquer le plus clairement possible le pourquoi de mon opinion dans ce cas quelque peu radicale et puisque j'en ai très long à dire, j'écrirai sûrement encore tôt ou tard d'autres textes se rapprochant et/ou touchant au même sujet.

Avant de débuter ma critique systématique de l'enchaînement social engendré par notre train de vie actuel et de m'avouer pur anti-capitaliste, je tiens à rectifier ceci : À chaque occasion que je me présente en public contre cette doctrine, je dois faire face à une tonne de préjugés. On me prend alors pour un partisan du communisme, un anarchiste, un terroriste, un fou, ou tout ce qui peut se confondre à mon unique position contre le capitalisme. On pense que, strictement à cause de cette position, je m'attaque à la propriété privé, à la liberté d'expression et à la démocratie. Ce n'est pas le cas, même que je pense que ce sont là de justes valeurs acquises par l'humanité et qui méritent d'être préservés. Mais je me rend compte que dans notre société, ces valeurs ne sont qu'un masque pour cacher le vrai visage du monde. De loin, dans nos priorités, l'argent et le pouvoir passent au dessus de nos droits et de l'environnement, de la justice et de la liberté, créant ainsi un nouveau régime totalitaire, une dictature économique. Je ne me rattache à aucun groupe, à aucune idéologie, à aucune religion. Je veux simplement un monde plus humain, je veux le meilleur monde que nous pouvons construire pour la paix et le bien-être de chacun.

D'abords, notre beau système se base sur la propriété individuelle des moyens de production. Nous ne pouvons pas produire tout ce que nous avons besoin. Je ne fabrique pas mes vêtements, je ne vais pas traire une vache à l'extérieur chaque matin pour prendre un verre de lait et je ne suis pas l'inventeur ni le fabricant de l'ordinateur avec lequel j'écris ceci. Pour posséder tous ces biens, je dois les acheter de personnes qui ont comme profession de se spécialiser dans la fabrication de certains trucs précis avec de l'argent gagné par mon propre métier. Chaque personne a son rôle dans la société. Quelqu'un qui ne produit pas, grâce à l'efficace système monétaire, n'aura pas les moyens de profiter de la production d'autrui. Par contre, quelqu'un qui fait prospérer la société par son rôle important aura plus de ressources financières et pourra donc bénéficier d'avantage des efforts des autres. L'argent est la seule valeur, l'unique motivation des gens pour qu'ils contribuent au bon fonctionnement du pays.

Dans le système communiste, l'État contrôle absolument tout. Le gouvernement planifie entièrement l'économie et désigne, souvent par la force, le rôle de chaque individu dans la société. Cela ne laisse aucune place à l'innovation, à l'originalité, aux nouvelles idées. Même si j'apprécie quelques concepts du communisme, je ne suis pas d'accord avec cette manière de fonctionner. À partir de ce point de vue, je préfère le capitalisme car le peuple a le pouvoir de lancer de nouvelles oeuvres sur le marché qui ont pour but de satisfaire les besoins du peuple lui-même. Contrairement au communisme où il n'y a qu'un seul monopole d'État autoritaire, plusieurs fabricants du même produit se font compétition pour satisfaire les acheteurs, ce qui assure un produit de qualité.

Prenons, à titre d'exemple, Monsieur X qui cultive des carottes dans son jardin. Il fournit la population de cette denrée essentielle et le peuple lui redonne bien. Mais voilà qu'arrive Monsieur Y qui comme par hasard produit lui aussi des carottes. Alors Monsieur X, pour garder son revenu et ainsi assurer sa survie économique, devra offrir à la population des carottes de meilleures qualité que celles de Monsieur Y.

Malgré la motivation que cela apporte aux deux rivaux, je pense que la compétition est sauvagement féroce et impitoyable. Monsieur X est un bon vendeur, un homme grand dégageant une aura de puissance, il sait manipuler avec adresse l'émotions de gens qui le côtoient, il est un animal social respecté, il est physiquement agréable à regarder et les gens sont portés à aller vers lui. Monsieur Y, tant qu'à lui, a de la difficulté à se faire une place parmi un groupe, est timide, réservé, mais il est surtout honnête : il sait reconnaître ses défauts et ne cherche jamais à voler la place des autres. Qui gagnera la compétition? Je pense que ceci est complètement discriminatoire. Il est évident que Monsieur X, ce requin sans scrupules, n'hésitera pas à écraser son « adversaire » en s'appropriant, grâce à son fort caractère, tout le marché pour lui seul. La tromperie, la robustesse, le leadershit, l'égoïsme, l'hypocrisie, voilà ce qu'il faut pour réussir, voilà les valeurs évangélisées par notre beau système capitaliste. La vérité, l'intérieur, l'intention, tout ce qui dépasse l'apparence et risque de nuire aux ventes est rejeté. C'est la faillite, terme officiel pour désigner la mort matérielle d'un individu, qui attend Monsieur Y. Comme dirait Anti-flag : «Real humans lose».

La vantardise, qui est soit dit en passant une autre valeur prônée par le dogme capitaliste, est la nouvelle propagande utilisée en affaires pour demeurer compétitif sur un marché sans pitié, et on l'appelle communément la publicité. Je n'ai rien contre la publicité dite «informative», qui vise à informer la population sur l'existence d'un produit, sur son prix, les endroits où le trouver, et le reste. Mais là où ça se complique, c'est quand elle vise a créer un besoin chez les gens en les manipulant. Nous regardons une publicité en apparence inoffensive mais à notre insu l'idée de consommer s'insinue dans notre pensée et nous incite à dépenser.

Monsieur X, qui connaît l'influence que pourrait avoir la pub sur les masses, l'utilisera pour élargir le nombre de ses clients et, conséquemment, pour s'en mettre plein les poches. Par toute sorte de méandres toutes plus farfelues les unes que les autres, il contrôlera chaque détail d'une simple image pour remplir la cervelle des masses d'une idée résumée par cette phrase : « Hey toi! T'es un vrai Mec? Tu veux impressionner les nanas? Achètes nos carottes, plaisir garanti!!! ». Il est assez évident pour un oeil critique que cette phrase est tout à fait ridicule, mais ceci était la version franche écrite dissimulée dans une image hypocrite qui ne fait qu'invoquer l'idée de consommer, et elle fonctionne pour une populace attardée de l'esprit.

Même si un produit n'est pas de bonne qualité, n'est pas sécuritaire pour les utilisateurs, a été fabriqué de manière qui ne respecte pas les droits de l'homme et l'environnement ou quoi que ce soit qui mérite une amélioration, eh bien le constructeur ne jugera pas forcément la nécessité de corriger ce produit mais, ne cherchant que le profit, préférera trouver une meilleure façon de le vendre. Alors, il est désormais banal de voir un objet à vendre dans un encombrement d'emballages superflus, qui ont comme seul utilité d'attirer l'attention d'un acheteur potentiel. Une fois l'objet marchandé, l'acheteur de publicité jette tous ces emboîtages insignifiants aux vidanges. Résultat : notre environnement est maintenant submergé de déchets.

D'ailleurs, le système ignore totalement l'environnement. Nous sommes, en tant que civilisation, complètement irresponsables face à l'avenir de notre planète. Nous ne nous rendons pas comptes que notre société de gaspillage détruit la terre qui nous a créé. Ce n'est pas pour rien que nous connaissons cet hiver (2001 - 2002) des bouleversements climatiques sans précédents. Respectons la nature, notre survie en dépend.

Monsieur X ne cherche que le profit à court termes. Il ne souhaite que son enrichissement matériel individuel car cela lui donnera accès à la consommation, la seule manière de trouver le confort et le bonheur. Pour lui, les ressources naturelles n'ont aucune valeur et sont vues comme gratuites. Dès qu'il y aurait un problème avec sa plantation de carottes, des insectes ravageurs par exemple, il utilisera des tonnes de pesticides car c'est la solution la plus rentable à court terme. Il ne se soucie pas de l'impact sur l'environnement, que les pesticides empoisonnent la chaîne alimentaire et pollue l'écosystème. Ce ne serait pas avantageux pour lui de tout simplement émettre dans la nature d'autres insectes qui se nourriraient de ceux qui mangent les récoltes. Monsieur X préfère, pour demeurer compétitif, régler un problème économique en sacrifiant l'environnement, même si à long terme, l'environnement est favorable pour l'économie.

Il est clair que Monsieur X a gagné la compétition face à Monsieur Y, il devient donc un monopole. Il est maintenant une entreprise multinationale, le seul fournisseur de carottes sur toute la planète. Il n'a plus aucun adversaire pour lui faire compétition, le champs est libre pour l'exploitation. Il monte les prix à un niveau scandaleusement élevé, obligeant les gens à payer très cher parce qu'ils n'ont plus d'autres choix. Il a les moyens de concevoir et de propager à grande échelle des publicités qui manipuleront directement la pensée des consommateurs pour qu'ils associent le produit avec des éléments importants de leur vie. De cette façon, il s'incrustera dans leur culture. Il pourra répandre des drogues, de la nicotine et des OGMs dans sa nourriture pour créer une dépendance chez le peuple à ses produits. Au cas où quelqu'un le contesterait, qu'est-ce qui peut arriver? Avec tous les moyens et les avocats qu'il a, il est au dessus des lois. Il pourra commanditer une foule d'événements et menacer d'arrêter ses investissements si on ne se plie pas à ses faveurs. En tant que grand dirigeant économique et important distributeur d'emplois, il aura même le pouvoir d'exercer des pressions sur les gouvernements. Il possède l'argent et l'argent, c'est le pouvoir.

C'est un exemple plutôt insolite car cela me surprendrais beaucoup qu'un simple producteur de carottes devienne une entreprise multinationale. Mais en réalité, il y a un grand nombre de ces entreprises qui pratiquent leur dictature partout dans le monde présentement. D'après moi, quelqu'un finit toujours par gagner, le monopole est la suite logique et inévitable de la compétition, voilà pourquoi je m'oppose à toute tentative de privatisation des secteurs de l'économie. Imaginez une entreprise multinationale de la santé, de l'éducation, de la police et de l'armée. L'enfer!

manipulés

Ce qui me paraît beaucoup plus raisonnable est l'existence, comme ici au Québec, de sociétés d'État qui gèrent les secteurs de l'économie qu'il serait fou d'abandonner à l'entreprise privé. Une telle compagnie a d'autres priorités que la recherche ultime d'argent. Elles ont comme principe d'offrir à la population un produit de qualité à un coût abordable, de respecter l'environnement et de contribuer à la recherche sur l'innovation. De plus, quand nous achetons de ces compagnies, notre argent s'en va directement au gouvernement alors est retournée au peuple contrairement qu'avec une entreprise privée où notre argent va remplir les comptes de banques de gens arrogants.

Finalement, une société d'État pour chaque secteur de l'économie ressemblerait beaucoup au communisme, ce serait facile pour l'État d'agir en dictateur et d'empêcher toutes nouvelles revendications du peuple. Nous n'avons pas assez de sagesse, il est encore trop tôt, pour recommencer avec succès l'expérience communiste. Je pense donc que nous devrions laisser la majorité secteurs, comme les loisirs et les arts, aux compagnies. Dans ce cas, c'est notre rôle, nous le peuple, de choisir, en tant que consommateurs intelligents, quelle sorte de compagnie nous voulons encourager. C'est notre rôle de boycotter celles qui font passer leurs profits avant le bien-être de ses employés, de ses clients et de l'environnement.

- Domicide