REBEL, LE MOUTON NOIR

Je m’appelle Rebel et je suis différent
de la masse des moutons blancs.
J’ai le poil noir et raide; je me distingue par ma forte personnalité.
Je ne gobe pas tout ce qu’on me dit.
Je pense par moi-même, pose des questions et trouve des réponses.
Je résiste à la pression du troupeau et m’oppose parfois.
Je refuse de "faire comme les autres,
parce que tout le monde le fait"
.

Moi, Rebel, je suis considéré comme anormal.
Je ne suis pas conforme au normes établies.
Je suis un original non conformiste.
Il suffit que la masse aille dans une direction
pour que j’aille dans l’autre.
On me regarde de travers; on me montre du doigt;
j’ose quand même afficher ma différence.
Je ne fais qu’à ma tête.
Si je rentrais dans les rangs des moutons blancs, je mourrais.

Moi, Rebel, je survis. J’ai les yeux ouverts et je vois ce qui se passe. Je sais comment fonctionnent la société, les systèmes, les gens. Il y a des gagnants et des perdants. Je suis astucieux et je sais tirer mon épingle du jeu. Je fais semblant de jouer, je me déguise, je remplis mon rôle, mais je ne me fais pas prendre au jeu. Je suis très bien équipé pour faire face aux situations adverses. J’ai développé d’excellents outils de protection. J’ai mes armes à moi et je sais me battre. La vie est une bataille perpétuelle. Arrêter de se battre, c’est mourir.

Moi, Rebel, je suis en réaction. Je réagis au quart de tour. Je vois ce qui se passe et je m’oppose, je confronte, je proteste, je résiste, je lutte, je combats, je dénonce, je manifeste, j’accuse, je condamne, je fais la grève, je boycotte… Je fais des vagues et je ne connais pas la tranquillité. Je navigue du mieux que je peux dans ce monde d’adversité. Je sauve ma peau et je sauve mon âme : je fais des compromis pour assurer ma survie. Il m’arrive parfois de m’éclater et de faire voir ma vraie nature. Tantôt Don Quichotte, tantôt Jeanne d’Arc, tantôt Robin des bois… je m’attire des ennuis, mais c’est le prix à payer pour se tenir debout. Ça ne peut continuer ainsi. Il faut que ça change.

Moi, Rebel, je me méfie des altérités extérieures. Elles ne sont pas bonnes pour moi. Elles prétendent me protéger et en profitent pour m’enlever mes droits et mes biens. L’argent mène le monde. Les lois servent les riches. Il n’y a pas plus menteur qu’un politicien. On se fait avoir de tous les côtés. Mêêê on n’a pas le choix. On a besoin d’altérités pour assurer l’ordre. C’est un mal nécessaire. Il faut se regrouper et faire pression pour que les altérités servent mieux les intérêts du peuple. Il faut faire la lutte à la pauvreté, la maladie, l’injustice sociale, la malhonnêteté, la violence… Utiliser tous les moyens que l’on connaît : audience, enquête, manifeste, tribunal, résistance pacifique, grève de la faim, désobéissance civile… Pour mettre en place de bons bergers qui veilleront au bien-être de leurs moutons. Et rétablir la vraie démocratie. N’abandonnons pas la lutte. Organisions-nous. Ensemble, on y arrivera.

Moi, Rebel, je suis insoumis. Je n’obéis pas aux altérités. Altérité est synonyme d’ennemi et je lui fais la guerre. Me soumettre, ce serait mourir. J’ai toujours été désobéissant. J’ai commencé avec mes parents; puis j’ai continué à l’école; et je désobéis encore. Cela m’attire quelques ennuis, mais m’apporte aussi beaucoup de satisfaction. Je triche avec l’impôt, je contourne les lois, je travaille pour moi… je monte même mon organisation parallèle pour faire concurrence au système établi. Il suffit de ne pas me faire prendre par le chien-berger-policier. J’en ai toujours peur.

Moi, Rebel, je reçois des coups de bâton pour me punir de ma désobéissance et me forcer à réintégrer les rangs du droit chemin. Le berger se sent menacé par les insoumis et leur inflige de sévères punitions pour décourager les autres moutons d’en faire autant. Si j’en vaux la peine, le berger tentera de me récupérer avec des carottes P.A.P. : promotion syndicale, poste prestigieux, décoration, nomination, etc… "Every body has a price" (tout le monde a un prix), disait un ami américain. SI je n’en vaux pas la peine ou si je suis trop rebelle, les trois bâtons m’attendent. Ce sont, dans l’ordre : l’exclusion, la dépossession, l’élimination (bâtons E.D.E.).

1. Le bâton de l’exclusion  

Je suis exclu du troupeau. Discrédit, ridicule, diffamation, scandale au besoin, rien ne m’est épargné. Je perds mes amis, mes collègues, ma famille… Je ne fais plus partie des leurs. Je ne suis plus invité, plus informé, plus soutenu. On me regarde comme une brebis galeuse. Les autres moutons s’éloignent de moi et m’abandonnent à mon sort. Je suis laissé seul avec moi-même. Je perds ma réputation. Je suis exclu des carottes à tout jamais. La peur de l’exclusion suffit, à elle seule dans 95% des cas, à ramener « la brebis égarée » dans le droit chemin. À javelliser le mouton noir.

2. Le bâton de la dépossession  

Je suis dépossédé de mes droits et de mes biens. La loi du berger, renforcée par le chien-berger-policier, me frappe, moi, mouton Rebel. Je suis assailli de toutes parts : contrôle fiscal, procès, exigence de remboursement, coupure de crédit, amendes, poursuites, vérifications professionnelles… Rien n’est épargné pour m’enlever mes biens : maison, épargnes, salaire, possessions, situation… Les droits d’exercice de ma profession ou de mon métier me sont retirés… jusqu’à mes droits de parent qui me sont confisqués si je ne me soumets pas au berger. La menace de perdre ses biens et ses droits est très efficace.

3. Le bâton de l’élimination  

Je suis retiré de la circulation; mis hors d’état de nuire aux intérêts du berger. Je subis la prison et/ou la mort. Au nom de la protection des moutons blancs, le berger dispose de deux types de prisons : l’institution carcérale, la prison avec barreaux; et l’institution psychiatrique, la prison sans barreaux. Dans les deux cas, les moutons noirs y sont « détenus » tant qu’ils ne sont pas bien blanchis. Et si le berger me trouve vraiment trop dérangeant, il me fait disparaître pour de bon : accident d’avion ou de voiture, empoisonnement, maladie, ou simple assassinat par balle de provenance inconnue…

Le bâton suprême : l’enfer pour l’éternité

Par-dessus tout, plane la menace de brûler en enfer pour l’éternité si je désobéis aux commandements de l’Église, qui marchent main dans la main avec ceux du berger. Cette crainte m’a habité longtemps et ronge encore plusieurs de mes collègues moutons noirs. Elle amène tous ceux qui voudraient un jour secouer le joug de l’emprise religieuse sur eux à faire le calcul suivant : il vaut mieux se soumettre et souffrir pendant la durée d’une vie plutôt que brûler atrocement dans le feu de l’enfer pour l’éternité. C’est aussi la peur de ce bâton qui maintient d’autres fidèles dans la pratique religieuse « au cas où ce serait vrai… »


Que Diable suis-je venu faire sur cette Terre?