Hubert Reeves


Le principal défi à relever pour l'humanité est d'être encore là pour le troisième millénaire.

La beauté naît du regard de l'homme. Mais le regard de l'homme naît de la nature.

Pour tirer le meilleur parti des connaissances acquises, pour en extraire toute la richesse, il importe de ne pas s'y habituer trop vite, de se laisser le temps de la surprise et de l'étonnement.

La question n'est pas de savoir si Dieu existe ou non. Mais plutôt : qui est-Il, et à quoi joue-t-il?

Toute philosophie est indissociable du monde émotif duquel elle émerge. Son intérêt vient du fait qu'elle témoigne d'une expérience humaine, d'une rencontre d'un monde intérieur avec le monde extérieur.

Distinguer le «raisonnable» et le «rationnel». Le premier inclut l'intuition et l'affectif. Le second n'implique qu'un déroulement correct du processus logique.

La musique nous donne accès au coeur du monde. Quand j'écoute Mozart, Schubert ou Wagner, je sens monter en moi un irrésistible sentiment d'exaltation et de reconnaissance pour l'univers qui a engendré la vie et la musique.

En tout anthropomorphisme on peut dire que, en créant l'être humain, la nature s'est donné un coeur. La compassion n'existe peut-être pas au niveau de l'ADN mais certainement au niveau de la personne tout entière. Ce sentiment - ne pas être indifférent à la souffrance des autres - est pour moi le plus beau sentiment humain. La compassion «est» dans la nature; elle a engendré un être capable de compatir et d'offrir son aide. Cette constatation me paraît passible de donner un sens et une orientation à l'existence humaine.

Devenir adulte, c'est apprendre à vivre dans le doute et à developper, au travers des expériences, sa propre philosophie, sa propre morale. Éviter le «prêt-à-penser».

Comme la femme enceinte ne sait pas ce que son ventre prépare, nous ignorons quelles merveilles peuvent encore surgir du développement de la complexité cosmique. Comme elle, notre devoir est d'accorder à cette gestation les meilleures conditions possibles d'émergence.

Au fil du temps se déroule la gestation cosmique. À chaque seconde, l'univers prépare quelque chose. Il monte lentement les marches de la complexité.

L’histoire de l’Univers est celle d’une complexification croissante. L’apparition d’êtres intelligents est une conséquence de ce phénomène.

Dans le monde, il y a du changement. Du chaud devient tiède. Des corps tombent. Le feu brûle et les bûches se consument. Ces transformations ne se font pas d'une façon arbitraire. Elles sont reliées entre elles par une sorte d'échange monétaire. La monnaie, ici, c'est l'énergie. Elle permet au physicien de tenir la comptabilité des phénomènes qu'il étudie.

A l'échelle cosmique, l'eau est plus rare que l'or.

L'univers est une machine à faire de la conscience.

Le vrai problème c'est : «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?»

Les raisonnements se font à partir de concepts, les concepts se forment à partir d'images et les images viennent de perceptions sensorielles.

La survie de l'être humain, la victoire de la pulsion de vie sur la mort, pourrait être la base de notre code moral.

L'homme est un animal qui cherche à se relier.

L’histoire de l’Univers n’est pas celle de la dégradation d’un ordre initial puissamment organisé. Au contraire, c’est l’édification de la pyramide de la complexité au cours des âges que l’astronomie, la physique, la chimie et la biologie nous donnent en spectacle.

Les gens meurent, mais la vie a une façon de continuer comme si de rien n'était. Il faut voir la mort non pas comme un arrêt, mais comme un relais, à l'image du coureur grec qui transmettait la flamme du feu olympique avant de s'écrouler. Notre vie est courte mais notre espèce est de longue durée. Nous portons la responsabilité des maillons dans une chaîne.

Etendez-vous sur le sol, la nuit, loin des lumières. Fermez les yeux. Après quelques minutes, ouvrez-les sur la voûte étoilée... Vous aurez le vertige, vous vous sentirez dans l'espace.

Capturer cet instant harmonieux. S’insérer dans le courant du temps. Percevoir le battement de l’existence qui passe. La vie est une succession d’instants.